Fès, 3 août 2026
Une peau met plusieurs semaines à devenir une besace. On a suivi le trajet, du bain de chaux à la couture sellier.
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À Fès, on entend la tannerie avant de la voir. Un bruit d’eau remuée, des seaux qui raclent la pierre, et cette odeur qui reste dans les vêtements toute la journée. Les cuves sont là depuis des siècles, alignées comme une palette posée à même le sol.
Le travail commence par la chaux. La peau y trempe le temps qu’il faut pour que le poil parte tout seul. Vient ensuite le bain de fiente de pigeon, qui assouplit la fibre, puis le tannage végétal, écorce de mimosa et grenade, qui donne au cuir sa couleur chaude et sa tenue.
On ne teint pas une peau pressée. Elle prend la couleur quand elle est prête, pas avant.
Les artisans du quartier n’achètent pas leur cuir ailleurs. Ils le connaissent au toucher, savent quelle partie de la peau tiendra une anse et laquelle ira en doublure. C’est ce tri, invisible dans l’objet fini, qui décide de sa durée.
La couture, elle, se fait à deux aiguilles, une par main, dans le même trou percé à l’alène. Le point sellier ne se défait pas quand un fil casse. C’est plus long, c’est plus cher, et cela reste la seule raison pour laquelle une besace passe d’une épaule à une autre sur trente ans.
Si vous passez par les tanneries, allez-y tôt, avant la chaleur, et prenez quelqu’un du quartier avec vous. Vous verrez le travail plutôt que la carte postale.